Suisse vs Portugal : fiscalité de l'entrepreneur et départ (2026)
Audrey Marques
Consultante en implantation & création d'entreprise au Portugal
Fondatrice de Business Portugal, Audrey accompagne les entrepreneurs francophones dans la création de leur société au Portugal et l'ouverture de leur compte bancaire. Elle coordonne un réseau de partenaires (comptable, fiscaliste) et oriente vers les bons interlocuteurs, elle n'est ni comptable, ni fiscaliste, ni avocate.
Beaucoup d'entrepreneurs établis en Suisse regardent le Portugal en comparant deux colonnes de chiffres : un taux d'impôt sur les sociétés ici, un taux là, et la différence semble parler d'elle-même. C'est une lecture trompeuse. La fiscalité suisse est, pour partie, cantonale et communale, donc très variable d'un lieu à l'autre, et surtout la question décisive pour qui crée une société au Portugal n'est pas le taux portugais mais l'endroit d'où cette société est réellement dirigée. Cet article s'adresse au résident suisse qui envisage une structure portugaise : il pose le bon cadre, signale le risque majeur, et reste volontairement qualitatif sur la Suisse. Précision d'emblée : Business Portugal accompagne la création et l'implantation au Portugal ; Audrey est consultante en implantation, pas fiscaliste ni avocate. Sur votre situation suisse personnelle, notre rôle est de vous orienter vers un fiscaliste, pas de la trancher.
Le vrai risque n'est pas le taux, c'est le siège de direction
Une société immatriculée au Portugal n'est pas, par ce seul fait, fiscalisée au Portugal. Le droit suisse retient une notion centrale : le siège de direction effective. Concrètement, si une société portugaise est en réalité administrée depuis la Suisse, c'est-à-dire si les décisions de gestion, la direction quotidienne et le pilotage réel se prennent sur le sol suisse, elle peut y être considérée comme assujettie de manière illimitée au titre de la loi fédérale sur l'impôt fédéral direct (LIFD). Autrement dit, l'adresse portugaise n'efface pas la réalité de la direction. C'est le point le plus important de tout cet article, et celui qui est le plus souvent négligé par ceux qui pensent qu'une immatriculation suffit.
La conséquence est claire : le projet portugais n'a de sens, fiscalement, que si la direction part vraiment au Portugal. Si vous continuez à diriger l'activité depuis votre bureau ou votre domicile suisse, vous vous exposez à ce que l'administration suisse considère que la société y a son siège de direction effective, avec les conséquences d'assujettissement qui en découlent. Le Portugal devient pertinent lorsqu'il y a substance : une vie, une direction et une activité réellement localisées sur place, pas une simple boîte aux lettres. Le départ doit être réel pour que la structure tienne.
La résidence en Suisse, et ce que cela implique
Pour une personne physique, la Suisse retient l'assujettissement illimité lorsqu'il y a domicile ou séjour durable sur le territoire (LIFD). Tant que vous demeurez domicilié en Suisse, ou que vous y séjournez durablement, vous restez en principe assujetti de manière illimitée à raison de l'ensemble de vos revenus. Ce n'est pas une formalité que l'on contourne en ouvrant une société ailleurs : c'est l'analyse de votre situation réelle, de votre vie effective, qui détermine où se trouve votre résidence. Tant que cette résidence est en Suisse, le Portugal ne change pas grand-chose à votre imposition personnelle.
Nous ne citons volontairement aucun taux suisse chiffré dans cet article. La raison est simple et tient à l'honnêteté : l'imposition suisse comporte des composantes cantonales et communales qui varient fortement d'un endroit à l'autre, et avancer un chiffre unique serait trompeur. Ce qu'il faut retenir n'est pas un pourcentage mais une logique : la résidence d'abord, la direction effective ensuite. Pour toute évaluation chiffrée propre à votre canton et à votre situation, l'interlocuteur est un fiscaliste, et nous vous orientons vers lui.
Convention de non-double imposition et CFC : ce qu'on peut dire prudemment
La Suisse et le Portugal sont liés par une convention destinée à éviter la double imposition. Elle a été signée le 26 septembre 1974 et modernisée par un protocole de révision en 2012. Le principe d'une telle convention est de répartir le droit d'imposer entre les deux États et de prévenir qu'un même revenu soit taxé deux fois ; sa lecture fine, article par article, relève d'un fiscaliste qui la confrontera à votre cas précis. Nous ne reproduisons pas ici de détails chiffrés ou de numéros d'articles que nous ne pourrions garantir.
Sur le volet des sociétés étrangères contrôlées, souvent désignées par l'acronyme anglais CFC, la Suisse ne dispose pas, à notre connaissance, d'un régime CFC classique comparable à celui de certains pays voisins. Nous présentons ce point avec une confiance moyenne et nous invitons à le faire confirmer : l'absence d'un mécanisme CFC ne signifie pas absence de risque, car le sujet du siège de direction effective demeure, lui, bien réel et nettement plus déterminant en pratique. Concentrez votre attention sur la direction effective, pas sur l'espoir d'une absence de règle.
Le repère portugais : IRC à 19 %, 15 % pour les PME
Côté portugais, le repère utile est l'IRC, l'impôt sur les sociétés. Le taux standard est de 19 %, avec un taux réduit de 15 % applicable aux PME sur les premiers 50 000 euros de bénéfice imposable, sous conditions. À cela s'ajoute l'IVA, la taxe sur la valeur ajoutée portugaise, dont le taux normal est de 23 %, à ne pas confondre avec le système suisse. Ces ordres de grandeur 2026 sont à confirmer au regard de votre activité réelle et des conditions d'éligibilité aux régimes réduits ; ils donnent un point de comparaison, pas une promesse. La forme courante pour un entrepreneur individuel reste l'Unipessoal Lda, avec un capital social qui peut être de 1 euro par associé.
Comparer 19 % ou 15 % au Portugal avec une fourchette suisse n'a de sens que si la société est effectivement portugaise au sens de sa direction. Un taux affiché ne se capte pas en restant chez soi : il se mérite par la substance. Et il existe, côté suisse, un sujet spécifique que nous ne traitons pas ici, le forfait fiscal : c'est un régime particulier, soumis à conditions, qui relève entièrement d'un fiscaliste et qu'il serait imprudent de résumer en quelques lignes. Si ce point vous concerne, nous vous orienterons vers un professionnel compétent.
Comment nous intervenons, honnêtement
Notre métier n'est pas de calculer votre impôt suisse ni d'interpréter la LIFD à votre place : Audrey est consultante en création et implantation au Portugal. Ce que nous structurons, c'est le projet portugais lorsqu'il est réel : choix de la forme (Unipessoal Lda, Lda), obtention du NIF et du NIPC, immatriculation, mise en relation avec un Contabilista Certificado pour la comptabilité, et orientation vers un fiscaliste partenaire pour le volet suisse, notamment la question de la direction effective et, le cas échéant, du forfait fiscal. Depuis 2025, plus de 75 entrepreneurs ont été accompagnés dans cette logique d'orientation honnête.
Le message tient en une phrase : pour qui reste résident suisse et dirige depuis la Suisse, le Portugal n'est pas une optimisation, c'est un déménagement. Il devient pertinent lorsque la vie, la direction et l'activité s'installent réellement sur place ; l'adresse, seule, ne suffit jamais. Si votre projet est sincère et que vous voulez en cadrer la faisabilité, le bon réflexe est d'en parler tôt, pour que nous puissions vous mettre en relation avec un fiscaliste avant de poser le moindre acte irréversible.
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